Pascal Thomas : « Partir avec des certitudes, c’est le meilleur moyen de se prendre un mur »

Pascal Thomas : « Partir avec des certitudes, c’est le meilleur moyen de se prendre un mur »

 

Cofondateur de Futura Gaïa avec son compère Nicolas Ceccaldi, ce serial entrepreneur passé aussi par de grands groupes est revenu dans le Gard, sur les terres de son enfance, pour construire un nouveau modèle d’agriculture verticale. En quelques verbatims bien sentis, il nous parle du bonheur de créer et de prendre des risques, mais aussi de ses échecs et de ses espoirs. Paroles sans filtre d’un infatigable touche à tout.  

  

« Le local est l’avenir »

« Pourquoi Futura Gaïa ? Toutes les secondes en France, nous perdons 26 m2 de terres agricoles — grignotées par la forêt ou par les zones urbaines. Dans le même temps, la population française et mondiale augmente.

La solution ? Je crois que le local est l’avenir. Que la souveraineté alimentaire va se gérer à un niveau infra-national. Le but est de fournir des outils aux régions pour assurer la souveraineté alimentaire. Je n’aime pas le mot « effondrement », mais il est clair que le risque alimentaire est situé autour des sous-préfectures reculées et de faible densité. Un rien peut créer la pénurie alimentaire. Et, de l’autre côté du spectre, la plupart des grandes villes ont 48h de réserve en cas de rupture de la chaîne alimentaire. Comment dé-risquer ? Eh bien nous, nous prenons une part de ce risque. Nous proposons la solution. Les habitants de chaque territoire doivent maintenant s’en emparer. »

 

« Nous sommes passés de 60 à 220 grammes de salade »

« A Rodilhan, dans le Gard, chez moi, nous avons notre lab expérimental. Et à Tarascon notre première ferme pilote. Nous produisons — en environnement contrôlé — du basilic, des salades, des tomates cerises, des fraises... toute l’année. Et sans pesticide ! On parvient à faire 13 récoltes de salades, 4 récoltes de fraises par an. On est passé de 60 à 220 gr la salade. Futura Gaïa est complémentaire de l’agriculture de plein champ, qu’on ne remplacera jamais. Ce que nous cherchons à faire, c’est fournir des fermes verticales aux agriculteurs, qui peuvent ainsi libérer de la terre utile pour leurs cultures de saison. Nos fermes sont des condensés de technologie : l’ensemble du matériel mécanique est géré par un logiciel, avec des capteurs, de l’analyse d’image via des caméras. En revanche, la récolte s’effectue à la main parce que nous voulons garder des jobs locaux. A terme, grâce à un partenariat avec Dassault Systèmes, nous modéliserons la ferme 3D de façon à créer un jumeau numérique à l’intérieur duquel l’agriculteur peut naviguer à distance. Nous travaillons avec des agronomes, des ingénieurs agro. Nicolas et moi sommes des informaticiens à l’origine. Ça aide ! »

 

« L’innovation c’est une vision puis des emmerdes ! »

« En ce moment, nous cherchons une solution logicielle de gestion de l’énergie — pour alimenter les fermes. Nous tentons des choses avec d’anciennes batteries de voitures. J’ai passé ma vie à faire de l’innovation. L’innovation, c’est une vision puis des emmerdes ! Quand j’étais chez Orange, j’ai expliqué au patron comment faire de la télé sur téléphone mobile. Pas en plaquant la télé sur un nouveau support, mais en créant un média dédié. Toute la TV d’aujourd’hui a été inventée dans les années 60, il faudrait peut-être trouver autre chose, non ? Ce qui m’intéresse, c’est le moment où s’invente la rupture. Après, il faut la mettre en œuvre. »

 

« Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais... »

Nous venons de recevoir une subvention de la Région Occitanie, et j’en suis très heureux ; mais notre enjeu, c’est de pouvoir fonctionner sans subvention. L’argent ne doit pas venir à toi. On doit d’abord se rendre utile, d’abord proposer. Je ne suis pas dans la posture qui consiste à dire : « L’État nous doit tout ». J’aime la phrase de Kennedy : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays. »

 

« Je veux être challengé ! »

« Souvent les journalistes sont trop gentils avec nous. Une équipe du groupe France Télévisions est venue réaliser un reportage dans notre labo, ils en ont fait un sujet dithyrambique. Je reconnais que ça nous a bien aidés, mais attention ! Si je pars avec des certitudes, c’est le meilleur moyen de prendre le prochain mur. Le propre d’un chef d’entreprise c’est de savoir se poser les bonnes questions. Si tu te poses les mauvaises questions, mais que ta réponse est bonne, elle ne sert à rien. »

 

« C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt »

« J’aime aussi cette phrase de Marguerite Yourcenar. L’incertitude la plus complexe à gérer, c’est le timing. La première fois que j’ai eu raison, ça m’a coûté une boîte, un appartement et toutes mes économies. Je pensais que mettre Internet sur un téléphone portable c’était une bonne idée. Tout ce que j’ai écrit sur le téléphone mobile s’est révélé vrai, mais trois ans trop tôt. Je ne l’ai même pas regretté. Aujourd’hui, je pense que Futura Gaïa est la bonne idée au bon moment. Nous avons de la chance sur le timing, parce que nous rejoignons les préoccupations du moment. Mais le timing ne t’appartient pas. »

 

« L’échec m’a grandi »

« Ma boîte a planté en 2001. Subir un échec en France, c’est subir la double peine : non seulement tu as échoué, mais en plus tu es confronté au regard des autres, y compris celui le juge du tribunal de commerce. On te traite presque comme un criminel. Mentalement, c’est dur. Je n’ai pas dormi pendant quelques nuits. J’ai rejoint Orange en 2002. Quand tu arrives là, tu es le mec qui a planté sa start-up. Mais le plus important, c’est de rebondir après un échec. Se poser les bonnes questions : quelle est la cause de ton échec — l’exécution, le timing, la levée de fonds ? Je pense que j’ai su analyser le marché pour m’arrêter à temps. En définitive, l’échec m’a grandi. »

 

« Mais pourquoi je n’ai pas fermé ma gueule ! »

« Rétrospectivement, à chaque fois que je me suis penché sur une rupture, j’ai su la mettre en œuvre. Je ne sais pas par quel processus, j’en ai juste besoin. Il y a des matins où tu te dis : « Mais pourquoi j’ai pas fermé ma gueule ! » Ça peut paraître arrogant, mais j’ai des preuves ! Je suis parti de chez Orange parce que je m’y sentais trop confortable. J’ai voulu me mettre en risque. »

 

« Back to basics » En 2014, je me suis installé au Canada pour m’occuper des Pages Jaunes canadiennes. J’ai eu l’impression de revivre. La vie en France est parfois dure, les relations entre les gens sont violentes. Mais je suis revenu pour créer une nouvelle boîte, pour être un pionnier. Et puis pour me rapprocher de mes parents. Je suis retourné dans la maison où je suis né, là où mon père faisait des pommes. C’est dans cette maison, un mas du XVIIe siècle, qu’on a monté le labo. Le point de départ de Futura Gaïa... »

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