Fin des certitudes et des managers, faim de leaders 2

Deux femmes puissantes défient l’incertitude

 

La maison juive et la brique manquante

Dans la tradition juive, raconte Delphine Horvilleur, « pour habiter une maison, il faut toujours laisser un morceau de mur incomplet, ou une pierre manquante dans l’édifice »[1]. Non seulement on accepte que des choses importantes soient incomplètes — qu’elles restent dans un statut de « non-fini » —, mais on va plus loin : on se méfie carrément de tout ce qui est complet, de tout ce qui se définit comme fini. 

Leçon de leadership : ce n’est pas parce que l’on ne sait pas tout sur tout que l’on est empêché d’agir, ce n’est pas parce que des paragraphes du plan à deux ans ne sont pas terminés qu’il faut attendre l’arme au pied. 

 

L’incertitude n’est pas nouvelle, mais elle est plus médiatisée

Le courage n’a pas de genre. Des hommes et des femmes nous montrent des chemins que nous n’aurions pas osé imaginer, et nous aident à avancer dans l’opacité du moment. Aujourd’hui, on se réfèrera aux trajectoires très personnelles de deux femmes — qui n’ont pas les muscles de Schwarzy et qui s’en passent très bien pour défricher, et avancer, sans aucune certitude absolue.

 

 « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou »

Les fanatiques ne doutent pas. Pensez aux complotistes (ils mettent en doute toutes les explications, sauf les leurs), pensez aux platistes (« la Terre est plate », cf. https://hitek.fr/actualite/sept-theories-platistes-prouver-terre-est-plate_17476) ; pensez encore aux djihadistes, ou aux terroristes d’extrême droite (fascistes, suprématistes), ou d’extrême-gauche (Action Directe, Fraction Armée Rouge). Le fanatique ne doute pas, au moins en apparence. En fait, il aimerait bien ne pas douter ; alors, pour se convaincre lui-même — et prouver au monde qu’il ne doute pas — il avance, affirmant sa certitude folle.

La recherche de certitude contient une part de crainte, mais dans le cas des fanatiques, cette crainte prend une dimension telle que la quête de certitude devient quête d’un absolu — qui peut se révéler destructeur.

Nous ne sommes pas tous des fanatiques, mais nous portons tous en nous une dose de crainte — que la religion, la science, le mariage[2] tentent de combler. La citation de Nietzsche sur « la certitude qui rend fou » (extraite de Ecce Homo) nous concerne tous ; et Nietzsche, deux lignes plus loin, dévoile la tenaille dans laquelle nous sommes pris : d’un côté, nous voulons éliminer le doute, mais de l’autre « Nous avons tous peur de la vérité ».

Chacun se débrouille comme il peut avec cette tenaille. Les plus courageux — en fait les plus assurés — avancent, ne craignant ni le doute, ni la vérité. Les plus courageuses — en fait les plus assurées — avancent, ne craignant ni le doute, ni la vérité :

  

Pour s’en convaincre, on peut lire l’article « Ce que j’ai retenu du modèle chinois », par Sonia Szczerbinski, fondatrice et CEO de TheVFactory Paris Shanghai

  

« Si vous voulez des certitudes, faites de la théologie, pas de la physique » 

 

Voilà ce que répondait à ses étudiants un brillant professeur[3]. Quand il avait le temps, il ajoutait que le monde de la physique, tout comme celui des mathématiques, est soumis à la loi du doute maximal.

- Si quelqu’un arrive à montrer que la ligne droite n’est pas le plus court chemin entre deux points, les mathématiciens du monde entier accueilleront favorablement la nouvelle. Il se trouve que c’est le cas dans un espace non euclidien — la surface de notre planète parcourue par les avions par exemple ; certaines trajectoires suivent des tracés bizarres quand on les regarde sur un planisphère en deux dimensions.

- De même, si quelqu’un arrive à montrer que les lois de l’attraction newtonienne (la gravité, par exemple) ne fonctionnent pas partout, la communauté des physiciens accueillera favorablement la nouvelle. Il se trouve que c’est le cas dans l’espace infra-atomique, celui parcouru par les électrons par exemple.

 De même, la théorie du Big Bang sera un jour dépassée ; dans l’intervalle, les physiciens réfléchissent dans le cadre de cette théorie et s’en portent très bien — l’obsolescence prévisible de cette théorie (comme de toute théorie) ne les empêche pas d’avancer.

Le réalisme modeste des scientifiques — conscients de la fragilité potentielle de leurs axiomes — n’est pas un frein ; ce paradoxe des « explorateurs sans certitudes » peut nous servir de repère dans la vie des affaires.

 

On peut lire l’article « Chloé Julien, sans peur et sans reproche» qui déroule un parcours incroyable au milieu de la plus piégeuse des décennies

 

[1] Delphine Horvilleur, Le Rabbin et le psychanalyste (Herman 2020).

[2] La liste est du philosophe Dorian Astor (spécialiste de Nietzsche), qui vient de publier Passion de l’Incertitude.

[3] Aurélien Barrau, De la vérité dans les sciences (Dunod - 2016)

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