« Se découvrir soi pour découvrir les autres »

Rosa Luna-Palma est directrice de l’IMM depuis 2013. Elle revient sur les fondamentaux d’une formation de haute qualité destinée aux managers des industries culturelles et sur les évolutions d’un enseignement « post-Covid » qui ouvre de nouvelles perspectives. Pour elle, impossible d’ignorer l’importance du capital humain. 

Peut-on dire que l’IMM enseigne l’anticipation stratégique ?

Si j’affirme qu’à l’IMM nous enseignons l’anticipation stratégique, j’aurai à la fois tout dit et rien dit ! Nous essayons de naviguer entre les « abysses de la R&D et l’écume du quotidien ». Souvent, pour se définir, on commence par ce que nous ne sommes pas : eh bien nous ne sommes ni vraiment dans la recherche, ni dans le jour après jour, mais quelque part entre les deux, à l’écoute des signaux faibles

Existe-t-il une méthode pour cela ? 

Oui, il y a une, ou des méthodes, qui visent à articuler les différents horizons de temps. Le long terme — qui correspond à la réflexion, aux questionnements, et qui autorise l’erreur. Le moyen terme — qui convient à la mise en œuvre opérationnelle d’une stratégie délivrée avec excellence. Et bien sûr le court terme — qui, contrairement à ce qu’on croit, n’est pas une quête permanente de l’optimisation, mais de la maîtrise : il faut savoir prendre le temps – le temps de s’occuper de ses enfants, le temps de se cultiver, de se poser, de ne rien faire... Ça aussi, l’IMM l’enseigne.

On apprend à aller au cinéma ? 


Mais oui ! Ou en tout cas à ne pas craindre de prendre le temps d’y aller, ou de regarder des séries, d’aller au théâtre, au concert. Voir une série comme Years & Years en dit plus sur notre époque que n’importe quel cours théorique. De même que participer à des ateliers d’impro ou assister à un Live Magazine sur le thème des médias. Cette année, nous allons même lancer l’IMM book club, un club de lecture. 

Dans sa vie professionnelle, on a rarement le temps pour ça. Ou en tout cas, on ne se l’autorise pas...


C’est bien la raison pour laquelle nous avons inscrit, en plus du reste, ces activités dans le cursus. Il faut se forcer, sinon on s’assèche. Un jour, quelqu’un m’a dit : mais que va en penser mon boss ? J’ai répondu : Ah bon, tu veux bosser dans les médias et la com et tu ne regardes pas de films ? Cultiver sa curiosité est un prérequis. Mais la curiosité est aussi une discipline, et l’amour du secteur des industries culturelles n’est pas une option pour ceux qui y travaillent. 

Qu’a changé le confinement dans la nature des enseignements ? 


A l’IMM, nous insistions déjà sur la nécessité de se réinterroger sur soi, sur l’importance du « zoom arrière ». Alors le confinement, forcément, a accéléré cette pratique. A titre personnel, ce coup d’arrêt m’a fait du bien, je le reconnais volontiers. Nous avons, avec Pierre Varrod, le directeur pédagogique, testé des choses nouvelles, repensé les contenus enseignés. Comment acquérir des compétences à distance ? Comment « profiter » de la crise pour se réinventer ? La période est dure, mais elle offre l’opportunité de se réinventer. 

Comment enseigner à distance ?


La leçon que je tire des derniers mois, c’est qu’un enseignement à distance n’est efficace que si un lien humain s’est préalablement noué. Le distanciel a marché parce qu’il y avait eu du présentiel avant. L’articulation des deux est fondamentale. D’ailleurs, la dernière session a été maintenue en présentiel. Et nous allons continuer cette année. 

Il existe une forte dominante technologique dans la formation. Comment se conjugue-t-elle avec la nécessité de ne pas « s’oublier » en tant qu’être humain ? 


Dans le domaine qui est le nôtre, la dimension technologique est effectivement incontournable. L’année commence par une veille techno poussée, et l’accent est mis sur l’innovation. Mais j’évoquais à dessein la série Years & Years à l’instant : on y voit une jeune fille qui rêve de connecter son cerveau avec un ordinateur. C’est ce que nous voulons éviter : lorsque la machine prend le dessus, c’en est fini de notre humanité et de notre libre-arbitre. Ne pas devenir l’esclave de la technologie ou de la data, voilà un enjeu clé pour nous tous. Encore une fois, tout n’est pas optimisable, ni souhaitable. 

On parle beaucoup de l’importance des soft skills, ou du « savoir être » depuis quelque temps. Quelle part recouvre l’aspect humain dans les enseignements ? 


S’il y a bien une leçon que nous pouvons tirer de la « période Covid », c’est que pour la première fois, on a fait passer l’humain avant l’économie. C’est historique et marque sans aucun doute le début d’une nouvelle ère. Pour ce qui concerne la formation à l’IMM, je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’ajouter de l’émotion à l’apprentissage, de reconnecter notre cerveau aux émotions. Avec Pierre, nous assistons à toutes les séances, toute l’année, ce qui nous permet d’ajuster les contenus au fur et à mesure : cette année, je voudrais qu’on trouve le moyen d’intégrer le facteur humain dans le tableur Excel ! C’est possible parce qu’avec 25 participants, nous sommes dans de l’ultra-quali. L’enjeu serait de démultiplier cette démarche à grande échelle. 

La dimension « développement personnel » est-elle assumée en tant que telle ? 


Le terme est peut-être un peu trompeur ou galvaudé. Mais je n’hésiterais pas à dire qu’en venant à l’IMM pour un an, on a toutes les chances de changer le regard qu’on porte sur soi-même et d’en sortir transformé en tant qu’être humain. De notre côté, nous faisons en sorte de développer la confiance en soi, de faire tomber les peurs. Bien souvent, nous sommes notre propre frein. Apprendre à être soi est un grand défi - et un grand bonheur. On est rarement rejeté quand on est soi-même. Mieux : se découvrir soi nous fait aller à la rencontre des autres. 

Que vont trouver les participants de la nouvelle promo ? 


Nous allons justement intégrer des enseignements fondés sur ces valeurs fondamentales de l’époque : le capital humain, les enjeux environnementaux, l’inclusion, la diversité... En ayant toujours à l’esprit la dimension business, qui n’est pas incompatible avec la prise en compte de ces nouveaux paradigmes. C’est cela qui est passionnant.


Retrouvez l'article source "Des experts éclairent la fin du management, et la faim de leadership"

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